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  • Christophe Baliko

Hypnose ou réalité virtuelle ?


crédit image: Jan Vašek


Pourquoi la réalité virtuelle ne remplacera jamais l'hypnose.

Régulièrement, nous voyons apparaître, des "nouveautés" dans le monde de la thérapie, mais bien souvent, il ne s'agit que d'une réadaptation d'un modèle existant. Si certaines apportent un réel plus, à l'accompagnement, le plus souvent, il est surtout question de démarche commerciale, et qui n'apporte pas vraiment grand-chose au patient.

Chacun y va de sa thérapie quantique (va-t-on placer les sujets dans un accélérateur de particules ?) , ou de sa psychologie positive (est-ce que cela présuppose que le paradigme précédent était négatif ?). L'hypnose ne fait pas exception, avec des courants d'hypnose humaniste (en quoi ce modèle est-il plus humaniste que les précédents ?), ou nouvelle...

Je plaisante bien sûr, ces courants ayant chacun leurs spécificités, trouvent leurs publics.

Il est donc bien naturel, que dans cette volonté de se réinventer, les nouvelles technologies fassent leurs entrées dans le monde de la thérapie, comme une promesse d'un changement radical, qui allait reléguer le thérapeute, au rang de techniciens. Nous sommes là dans l'idée que l'I.A., pourra un jour, remplacer l'humain dans tous les domaines.....

Dans tous les domaines ? Vraiment?.... Pas si vite !

Qu'en est-il réellement ?

L'utilisation de la réalité virtuelle dans la thérapie existe depuis quelques années. Principalement utilisée dans les troubles anxieux et surtout dans le traitement de phobies dites spécifiques (Par exemple : arachnophobie, peur de l'avion, etc.) ou encore l'agoraphobie.

Elle se base sur le principe d'exposition progressive, des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), qui veut que le sujet soit progressivement exposé à sa peur, jusqu'à disparition du symptôme.

L'idée est la suivante, une personne qui a peur, à tendance à mettre en place des stratégies d'évitement (ne pas descendre à la cave pour ne pas se retrouver en présence d'araignée, privilégier la voiture ou le train pour le long trajet, plutôt que l'avion) . Ces stratégies, tout en étant réellement efficace sur le moment, en réduisant le stress, sont nocives à long terme. Car elles réduisent "le monde" du sujet, qui voit ses libertés de choix et de mouvements de plus en plus réduit, au fur et à mesure que la phobie augmente, et que les symptômes sont de plus en plus présent, du justement à cette stratégie.

En effet, le sujet qui évite son objet phobiaque (souris, araignée, etc.) craint que cette peur ne cesse d'augmenter, jusqu'à la crise cardiaque...Or, il n'en est rien, cette peur va monter jusqu'à un plateau qui une fois dépassé, va "retomber" et le sujet est ainsi débarrassé de sa peur.

Le travail en TCC consiste donc à exposer la personne à sa peur, progressivement, pour atteindre ce fameux plateau, mais en découpant étape par étape pour rendre le travail supportable. L'intérêt de l'utilisation du casque virtuel, permet de se confronter à différentes situations tout en restant, confortablement installé dans le cabinet du thérapeute.


Par exemple, une personne ayant peur des chiens sera amenée, via le casque virtuel à voir un chien à une certaine distance et à évaluer régulièrement sa peur, au fur et à mesure qu'il se rapproche. Dès que celle-ci dépasse un certain seuil, le sujet s'arrête et reste à la distance à laquelle il est, mais ne s'enfuit pas, il reste là, jusqu'à ce que cette sensation d'angoisse redescende naturellement. Une fois revenu à un seuil tolérable, le sujet avance à nouveau, etc.


En hypnose, le principe sera identique. Le thérapeute accompagnera le sujet, grâce à l'imagination et aux capacités d'imagerie mentale du sujet, en exposant celui-ci à l'agent stresseur, tout en lui demandant régulièrement d'évaluer sa peur...


Mais quel est l'intérêt de l'hypnose par rapport à cette technique ?

Si dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'utiliser les techniques des TCC, il nous faut comprendre le travail en hypnose dans un cadre beaucoup plus large.

Réduire le travail sur les phobies et les troubles anxieux, uniquement à l'élimination du symptôme serait une grave erreur. Là où l'hypnose va plus loin, c'est lorsque plutôt que d'utiliser une béquille, ici des images générées par une source externe, l'ordinateur, le thérapeute va mobiliser les ressources internes, du sujet. En effet , toute hypnose étant avant tout une auto-hypnose. C'est le sujet lui-même qui crée, avec l'aide du thérapeute, un environnement propice à accéder à ses ressources, comme par exemple la création d'un lieu de sécurité, où il pourra , retrouver son souffle , s'apaiser, si jamais lors du travail les émotions s'avérait être trop pénible. De plus lors d'une hypnose le cerveau mobilise tout le système VAKOG, c'est-à-dire tout les sens, ce qui rend l'expérience plus prégnante, plus réaliste. En hypnose tout comme en réalité virtuelle, on peut revivre la situation travers le canal visuel et auditif, mais aussi retrouver les odeurs, le goût, et le ressentit dans le corps, ce qui est pour l'heure impossible pour une machine. Cette façon de vivre l'expérience, permet aussi au sujet d'intervenir et de créer des changements dans l'expérience, en utilisant sa créativité. En modifiant lui-même la situation, il s'approprie celle-ci, ce qui rend le travail plus efficace, que par un travail pré-programmé, avec des scénarios pré existants et impersonnels.

Dans une situation anxiogène, on pourra notamment , utiliser en hypnose la technique du RED (rêve éveillé dirigé), où le thérapeute, devient un facilitateur, qui n'intervient que pour remettre, le sujet en mouvement dans son voyage thérapeutique, celui-ci accédant à des images, parfois de qualité onirique, qu'un ordinateur ne peut prévoir puisqu'elle est propre à la construction mentale de l'individu et dans l'instant.

L'hypnose se doit être utilisationnelle, c'est à dire, que chacun ayant sa carte du monde, on utilise en hypnose, les moyens (langages, métaphores, croyances, etc...) propres à chacun.

Il faut bien comprendre aussi, qu'une émotion, ici une peur, voir une angoisse, s'inscrit dans le corps, et il est primordial, que ce soit durant le travail sur le trouble, mais aussi, après, de nettoyer les éventuelles traces dans le corps, une fois encore en mobilisant, les ressources du sujet. Le corps et le mental s'influencent mutuellement. On pourra, en hypnose aller nettoyer, détendre le corps, guérir les blessures intérieures, que les troubles auront peut-être laissés.

Il faut aussi voir parfois la phobie comme une solution de secours, avec ses bénéfices secondaires. Comme par exemple, attirer l'attention, ou échapper à un environnement de travail toxique. Le travail sur les troubles anxieux, s'il peut être simple : on traite la phobie, puis voilà, ne l'est réellement que très rarement. Il s'inscrit dans un schéma et une systémique, que seule un approche globale, peut vraiment soulager. Il nous faudra donc explorer toutes les influences du problème. Et toute thérapie, se devrait avant tout, de rendre son pouvoir de guérison au sujet, pour plus d'autonomie, ce qui n'est pas le cas, on l'aura compris, si nous sommes dépendants d'une machine. Le travail en hypnose, mobilise, les capacités du sujet, ce qui lui redonne confiance en lui, lui permet de prendre conscience de sa force intérieure. En jetant un pont vers le futur, qui lui permettra, lors d'éventuelles autres situations problématiques, de faire à nouveaux appels à ses forces intérieurs, et de cheminer ainsi vers l'épanouissement.


En conclusion, la réalité virtuelle, est une intéressante.

Cette utilisation de la technologie à un réel avantage, il facilite le travail, surtout pour le thérapeute, et peut en plus rajouter un peu de "fun", pour les plus jeunes, rendre la thérapie plus ludique, "plus connectée". Mais elle reste un des outils, de la boite à outils du thérapeute, qui peut choisir de l'utiliser ou non, mais elle ne remplace en rien le travail thérapeutique, et elle reste très limitée dans son champ d'action. Il existe des centaines de formes de phobies, il est pour très complexe, pour le moment de proposer un scénario pour chaque phobie. Cette approche reste encore très superficielle, et impersonnelle, même si elle peut donner parfois des résultats.

Il ne faut pas tomber sous l'effet de la chimère de la thérapie, fast food, 2.0. C'est un complément mais pas une thérapie en soi.


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