Hypnose & apprentisage
- Christophe Baliko
- 9 mai 2022
- 7 min de lecture
Apprendre, oui, mais comment ?
Nous passons entre 15 ans et 19 ans, sur les bancs de l'école ou dans les amphis.
Soit 38 h par semaine, hors périodes d'études et devoirs, à essayer de comprendre, mémoriser et restituer des savoirs divers. Et cela sans jamais apprendre comment apprendre ! Dans les programmes scolaires, il n'est pas prévu d'expliquer aux étudiants, comment se concentrer, comment fonctionne la mémoire ni qu'il en existe différents types (entre 5 et 12 selon les paradigmes). Au mieux, on proposera des cours de remédiation, en rattrapage, et des basiques de facilitations graphiques en année préparatoire à l'université.
Cela revient à demander à un menuisier de réaliser une porte sans qu'il ne sache utiliser ses machines, ou a un pilote de rallye de rempoter une course sans qu'il ne connaisse le fonctionnement de sa voiture.
Méthodologie
En plus des connaissances de base sur nos fonctionnements neurologiques et psychologiques, il existe un ensemble de moyens et méthodes que nous pourrions enseigner à nos chères têtes blondes. Et ce, dès le plus jeune âge, elles leur seront utiles toute leurs vies. Savoir par exemple que notre capacité de concentration est limitée dans le temps. En effet, on estime que sur une session d'une heure d'étude, plutôt que de réellement mémoriser, nous dépensons une énorme quantité de notre énergie à essayer de rester concentré. Il est démontré, que l'activité la plus énergivore et la plus difficile pour notre cerveau est de rester attentif.Or sans attention pas de mémorisation !
Un moyen de pallier à ce problème, consiste à utiliser la méthode Pomodoro.
Crédits; sketchnotes réalisé par Christophe Baliko- The SketchLab
Cette méthode, consiste à segmenter de manière efficace, des sessions d'apprentissages de 15 à 25 minutes entrecoupées de pause de 5 minutes, par cycles de 4 sessions, au bout desquelles l'étudiant fait une pause de 15 à 30 minutes. Cette alternance, permet de limiter la dépense attentionnelle et de garder une motivation en découpant petit, une grande quantité de travail.
Les neurosciences et les travaux de chercheur en science cognitive, nous fournissent régulièrement des outils, pour améliorer l'attention, la mémorisation, la motivation.
Savoir que notre mémoire fonctionne sur le principe de primauté et de récence *, nous permet d'optimiser le temps d'étude.

Crédits; sketchnotes réalisé par Christophe Baliko- The SketchLab
Savoir quelles sont mes intelligences prédominantes facilite ma méthode d'apprentissage (1). Utiliser la pyramide de Dale, nous informe que lire une information permet une restitution de 10 % de ce qui est étudié, alors que si on travaille avec des outils de facilitation graphique type Sketchnote, qui mobilisent différents types de mémoire, la restitution en rappel est de 80 à 90 %.Pourtant la méthode de lecture et répétition, qui est de loin la moins efficace est celle qui est majoritairement utilisée !
Il est possible en sus, d'améliorer les méthodes de travail par des outils de PNL et notamment grâce au décodage et transfert de stratégie d'apprentissage, stratégie de mémorisation, stratégie de compréhension, stratégie de réflexion.(2)
Ces Méthodes sont accessibles à tous, et il est possible de les apprendre chez un coach en apprentissage formé à celles-ci.
* Postman & Phillips puis Glanzer & Cunitz en 1966 . Quand le rappel a lieu immédiatement, les premiers (effet de primauté) et les derniers éléments de la liste (effet de récence) ont le plus de chance d'être rappelés tandis que peu de sujets se souviennent du milieu de la liste.Donc si je dois étudier 20 pages, le cerveau se souvient mieux des 5 premières pages et 5 dernières pages, il mémorise moins les 10 pages du milieu. il me faut donc d'avantage focaliser mon temps de révisions sur ces 10 pages, au lieux des 20 initiales.
Et l'hypnose alors ?
Mais il arrive, que la méthodologie d'apprentissage ou le coaching scolaire ne suffise pas. Il est des blocages qui sont au-delà du conscient. Outrepasser des mécanismes inefficients appris de longues dates, nécessite parfois une telle mobilisation d'énergie, que rapidement les techniques apprises sont remisées au placard.
L'hypnose (auto-hypnose), la grande oubliée dans le coaching en apprentissage, est pourtant un atout des plus efficaces pour dépasser la majorité des difficultés scolaires.
Un des premiers obstacles, que l'on rencontre en accompagnement scolaire est le manque de motivation. Ce manque de motivation, peut-être dû à divers facteurs, comme une faible confiance en soi, ou d'estime de soi. Cette confiance en soi insuffisante de l'étudiant, résultant souvent de croyances limitantes à son propre égard. Ces croyances sont construites sur une vision négative, à propos de ses capacités, compétences, et validées par des brimades des parents ou des professeurs. Il lui est donc très difficile de se motiver à se mettre au travail, s'il a peu d'espoir quant au résultat de ses efforts à fournir.
Avec l'hypnose, nous allons pouvoir reprogrammer ses croyances, et rappeler en mémoire, toutes ses réussites à l'élève, car il y en a évidemment. Il va pouvoir se visualiser comme ce qu'il est, un apprenant, et non pas un incapable. Parfois, ces croyances sont dues à des erreurs de jugement, sous forme de dialogue interne comme "j'ai une mauvaise mémoire", alors c'est souvent simplement un problème d'attention au cours, ou de concentration, voir de méthode de travail. On retrouve aussi, cette croyance que l'enfant ne sait pas se concentrer car il est distrait. Cependant, pour être distrait, un enfant doit justement avoir une forte capacité d'attention. Essayez donc de NE PAS, écouter volontairement, quelqu'un qui vous parle... Le problème n'est donc pas un souci de compétence ou de capacité d'attention, mais relève davantage, de la manière d'utiliser celle-ci à bon escient.
Ce qui n'est absolument pas la même chose ! En hypnose, nous pourrions dans cette situation, apprendre, même à un très jeune enfant, à se concentrer, pour enter en hypnose, en utilisant des inductions* de focalisation sur un point. En répétant cet exercice chez lui en auto-hypnose, il se réapproprierait sa capacité d'attention, de manière ludique.
En Auto-hypnose, il est possible aussi en utilisant une "Ancre"** de déclencher, à volonté un état de transe, que l'on pourrait associer à la vision tunnel. Cet effet, qui est notamment un résultat du stress post-traumatique, peut littéralement nous aveugler sur une partie de la réalité. Mais il peut être utilisé de manière bénéfique, en ne se focalisant que sur le point d'attention, et en "omettant" tout ce qui l'entoure. Le sujet peut donc être pleinement attentif, à la démonstration du professeur, sans être parasité par le comportement des autres apprenants dans la classe. De même, il est possible de placer dans un état de conscience modifié lors de l'étude, afin de ne plus être parasité par les pensées, les questionnements, les doutes (du aux croyances limitantes) que l'on appel le bruit mental qui sont autant de distraction, et de fait, de gaspillage d'énergie.
L'hypnose peut être aussi un amplificateur des méthodes déjà existantes, comme les outils d'imagerie mentale.
Prenons l'utilisation du palais mentale, cher au mentaliste, pour se remémorer une suite d'éléments. Ce procédé consiste à associer une série de données à un parcours réalisé habituellement, par exemple le déplacement de la chambre à l'école. Nous pouvons à chaque étape de ce cheminement déjà mémorisé, associer mentalement une image ou une information d'un cours d'histoire.
Nous procéderions comme suis :
Lorsque je vois ma table de nuit, j'y vois un Celte, dans la baignoire ma salle de bain un Romain, etc. Se faisant, je peux me souvenir de ma ligne du temps vue en classe, dans l'ordre sans me tromper puisque cet ordre est associé à une chronologie spatiale, engrammée en moi. Mais si je le fais en hypnose, j'amplifie l'effet, en y associant tout les sens, je peux rajouter l'odeur de savon dans la salle de bain, l'odeur des pan cake dans la cuisine, etc. Qui sont autant de "renfort" et "poignée" mémoriel. Il est possible aussi en hypnose de se créer une sorte de power point mentale, à faire défiler à volonté. Ces images peuvent être associées à des émotions, qui favorisent la mémorisation.
En hypnose, nous allons aussi travailler sur le stress et le manque de sommeil, qui sont les deux grands ennemis de la mémoire.
Un grand classique des examens, est le fameux blanc, ou trou noir, lorsque vient le moment de présenter un examen oral.L'élève qui pourtant a parfaitement préparé son examen, et connaît sa matière, est incapable d'accéder à ce souvenir. Le stress a pris le dessus, c'est le fameux instinct de survie, et ses 3 F***. Dans cette situation, le cerveau croit à un danger létal, bien que consciemment nous nous sachions plus ou moins en sécurité, et il privilégie l'afflux sanguin vers des zones nécessaire à notre survie, et pas du tout, à la réalisation d'une équation.
Grace à l'hypnose, il est tout à fait possible de travailler sur ce stress, retrouver une sérénité.
Ce stress, qui souvent s'installe bien avant le jour J, et peut même devenir chronique avec les problèmes de santé que cela peut engendrer, et perturber durablement le cycle du sommeil. Mais, sans une bonne qualité de sommeil, il n'y a pas de mémorisation!
De nombreuses études ont montré que, pendant le sommeil, l'hippocampe rejoue la séquence des choses apprises dans la journée. Les informations sont transférées au cortex pour une mémorisation durable et intégrées aux souvenirs et aux connaissances préexistantes.
Il est possible aussi de déclencher des micros siestes, ou un endormissement plus rapide (quelques secondes) pour optimiser le temps de sommeil.
L'hypnose, et l'autohypnose, sont donc des atouts de choix dans le cadre de l'apprentissage.
Ces techniques à la portée de tous, car nous sommes tous hypnotisables, sont un excellent moyen d'accéder à des capacités en "sommeil", ou peu sollicitées. Avec les EMC, il est possible de faire taire ce bruit mental, ce dialogue interne.
Ces transes permettent de modifier certains points de levier, mais elles sont efficaces aussi par leur pratique en tant que tel. Le sujet qui au travers la découverte de ses ressources insoupçonnées, explore un nouveau champ de compétences, et s'offre des possibilités, quasi illimitées. Et là, déjà sans vraiment s'en rendre compte, apprend quelque chose de nouveau. Le champ d'application comme nous l'avons vu est vaste, il reste bien des choses encore à découvrir. Simplement en retrouvant cette propension à la transe qui est innée, mais que nous avons appris à oublier...
* Une séance d’hypnose débute par une induction. L’induction n’est rien d’autre qu’une technique dont le but est d’aider la personne à entrer dans un état de focalisation intérieure.
**En cas de stress intense notre cerveaux enclenche un mode de survie, appris il y a des millénaires , à l'époque où nous vivions dans la savane face à des prédateurs .selon " types de réactions :Fight, Fly, Freeze, combattre, s'échapper, s'immobiliser.
*** En Programmation Neuro-Linguistique, le processus dit « d’ancrage », ou de « point d'ancrage » est un processus simple et naturel qui consiste à associer un état interne (émotion, ressenti) à un stimulus externe[1]. Le simple fait de re-déclencher le stimulus suffit à faire revenir à l’esprit toute l’expérience et son état interne associé. Les « ancres » peuvent être visuelles, auditives, kinesthésiques, olfactives ou gustatives.....
.....L’exemple littéraire le plus célèbre d’ancrage est celui, gustatif, décrit par Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu.
sources: wikipnl
(1 )concept des intelligence multiples d'Howard Gradner, qui bien qu'il ait remis en question son modèle, à au moins le mérite d'ouvrir la réflexion sur la variété des types d'intelligences.
Sources:https://www.intelligences-multiples.org/intelligences-multiples2/les-8-types-dintelligences/
(2) La pédagogie PNL -Alain Thiry -De Beock-janvier 2014




Christophe, votre point sur le fait que nous passons des années sur les bancs de l'école sans jamais apprendre *comment apprendre* résonne particulièrement. C'est une observation si juste, qui met en lumière l'inefficacité de beaucoup de nos méthodes d'étude traditionnelles, et la frustration que cela peut engendrer chez les apprenants de tous âges. Comprendre nos propres fonctionnements cognitifs est d'ailleurs une première étape cruciale pour adapter nos stratégies d'apprentissage. Pour ceux qui souhaitent évaluer leurs capacités cognitives et identifier leurs points forts et faibles, il existe des ressources très utiles.
J'ai beaucoup apprécié votre analogie du menuisier qui doit fabriquer une porte sans connaître ses machines. Cela résonne particulièrement, car il est vrai que l'on attend souvent des élèves qu'ils réussissent sans leur donner les clés de compréhension de leur propre fonctionnement cognitif. La gestion de l'énergie mentale, comme vous le mentionnez, est un défi majeur. En parlant de ces fonctionnements, il est aussi essentiel de reconnaître que certains élèves font face à des défis d'apprentissage spécifiques qui vont au-delà des méthodes générales, nécessitant une compréhension plus approfondie de leurs particularités cognitives. Pour ceux qui suspectent des difficultés spécifiques, notamment liées à la lecture et l'écriture, il existe des ressources pour mieux comprendre ces particularités, comme un test de dépistag…
Christophe, votre parallèle entre le menuisier qui ne sait pas utiliser ses outils et notre système éducatif qui ne nous enseigne pas « comment apprendre » est d'une justesse frappante. C'est un point crucial : sans cette « méthodologie » fondamentale, l'apprentissage devient une lutte contre soi-même, dépensant une énergie folle à tenter de se concentrer plutôt qu'à assimiler efficacement. On sous-estime souvent l'impact de cette méconnaissance sur la motivation et la performance. Et au-delà des méthodes générales, il est fascinant de constater à quel point nos propres mécanismes d'apprentissage peuvent varier d'une personne à l'autre. Prendre le temps de découvrir son propre style d'apprentissage est une première étape puissante pour transformer cette lutte en un processus bien plus fluide…
J'ai trouvé votre point sur le fait que l'on ne nous enseigne jamais comment apprendre, ni comment fonctionne notre mémoire, particulièrement pertinent. C'est une lacune énorme, car la connaissance de nos propres mécanismes cognitifs est fondamentale pour optimiser tout processus d'apprentissage. Chaque individu a des forces et des faiblesses uniques. D'ailleurs, cette diversité peut parfois révéler des particularités insoupçonnées, comme l'absence d'imagerie mentale pour certains. Pour ceux qui s'interrogent sur leur propre capacité d'imagerie mentale, il existe même un test pour mieux comprendre l'aphantasie et ses implications sur la mémorisation.